Editorial

 

Un soutien à la création et à la valorisation des contenus

Parler des profondes mutations du secteur de l’audiovisuel, chez nous et ailleurs, engendrées par des technologies en permanente évolution, relève aujourd’hui du lieu commun. Il s’agit aujourd’hui de dépasser le péremptoire, l’alarmisme ou le défaitisme ; chacun dans sa sphère d’action doit plutôt évaluer les nécessaires adaptations et mouvements à initier dans la mise en œuvre d’une politique audiovisuelle dont les objectifs, eux, restent pertinents sur le long terme. Au cœur de l’activité audiovisuelle de la Communauté française et partenaire d’institutions publiques ou privées moteurs de ce secteur, le CSA s’est efforcé, tout au long de cette année 2010, à travers l’ensemble des activités détaillé dans les pages qui suivent, de poursuivre ses efforts de conciliation de l’intérêt général et de promotion de la créativité belge francophone.

 

Si la convergence des technologies et la multiplication des plateformes de diffusion compliquent et perturbent la gestion à long terme des infrastructures, elles démontrent surtout l’importance de concentrer les efforts de politique publique sur les questions liées aux contenus qui circuleront dans tous ces tuyaux : leur création, leur valorisation et les garanties d’accès à tous, de manière aussi libre et abordable que possible. La régulation publique de l’audiovisuel doit évoluer et se remettre en question face au foisonnement des alternatives de diffusion de contenus. Les outils liés plus spécifiquement aux médias dits traditionnels doivent s’adapter mais gardent leur pertinence, notamment parce que la télévision et la radio restent, et de loin, les principales sources d’information, de divertissement et de culture pour le grand public. Mais une réflexion plus globale sur la question des contenus, quels que soient leurs supports de distribution, guide utilement l’action des régulateurs de l’audiovisuel et leur volonté d’apporter à des situations nouvelles des réponses adaptées, pragmatiques et positives.

 

L’importance de l’accès aux contenus nécessite actions et réflexions tant à l’amont qu’à l’aval de la réception. Le CSA a travaillé cette année sur la problématique de l’accès aux infrastructures existantes de distribution de services télévisés, sur le caractère abordable des tarifs proposés au public, sur les risques de fracture et discrimination numériques, sur les actions publiques concertées et coordonnées de protection des consommateurs, sur le développement de la radio numérique. Ces dossiers importants continueront d’évoluer en 2011 mais ont connu des développements majeurs ces douze derniers mois.

 

Le soutien à la création et la valorisation de contenus de la part d’un régulateur peut se décliner sous plusieurs formes. Le CSA a travaillé avec plusieurs experts et acteurs du secteur pour appliquer les nouvelles règles européennes de mises en valeur des œuvres européennes sur les services à la demande ; notre ambition est d’engager l’action publique et les initiatives du secteur dans une voie médiane entre, d’une part, une application stricte de quotas peu pertinente dans ce domaine et, d’autre part, une passivité défaitiste laissant le seul marché et les pratiques d’acteurs dominants balayer les efforts de diversité culturelle. Le CSA veut valoriser les acteurs existants et les encourager à multiplier les initiatives pour diffuser plus largement leurs talents et productions : nous nous attachons à mettre en valeur les différents secteurs d’activité audiovisuelle lors des contrôles annuels d’activité (comme nous l’avons fait cette année avec les télévisions locales) ou lors de bilans sectoriels afin de contribuer utilement au débat public sur le développement de notre secteur (le premier de ces bilans, consacré à la télévision, est paru cette année). Mais le CSA veut également encourager les acteurs émergents, opérant sur des plateformes alternatives, à rejoindre cette « communauté » des éditeurs de médias audiovisuels. La définition donnée par l’Europe à ces derniers tend en effet à englober une série de nouveaux acteurs du secteur de la création et de la diffusion de contenus. Les règles qui depuis le nouveau décret SMA de 2009 s’appliquent notamment à plusieurs webradios ou webTV ne gagnent rien à être appliquées dans un souci de surveillance pointilleuse ; elles prennent tout leur sens quand elles visent au respect mutuel et à l’émulation de ceux qui créent, communiquent et diffusent de l’audiovisuel. Dernier exemple : continuer à protéger la fonction de journaliste professionnel, garantir le droit à l’information, participer au maintien de mécanismes de promotion de la déontologie participent ici aussi à une certaine émulation et à la diffusion de règles fondamentales au bon exercice de la démocratie.

 

Grâce aux développements technologiques, il est plus facile et moins cher de créer des contenus, ceux-ci sont plus facilement disponibles à un plus grand nombre de gens, sur plus de supports, à davantage de moments de notre vie quotidienne. Il n’y a pas de raison de craindre que la qualité des programmes créés va diminuer ; il y a même des motifs de penser qu’une telle diversité permettra de toucher mieux et plus de publics. Les mineurs ne sont pas moins protégés de contenus qu’ils ne recherchent pas, mais il faut continuer à encourager, par l’éducation aux médias, la compréhension et la sélectivité par rapport à ce qui leur est aujourd’hui offert. La Communauté française ne part pas avec un déficit de talents dans cette réorganisation globale des moyens de diffusion, mais il faut continuer les efforts pour soutenir les industries créatives et tous les auteurs qui doivent profiter de ces nouvelles opportunités. La régulation n’est en rien devenue obsolète : elle doit poursuivre, de manière ouverte et déterminée, ses efforts d’adaptation et d’innovation pour rester ce pourquoi elle a été créée : un outil efficace de toute politique publique de l’audiovisuel ambitieuse et démocratique.

 

Marc Janssen, président
Pierre Houtmans,
Jean-Claude Guyot,
Pierre-François Docquir, vice-présidents 

 


Dernière mise à jour le 08 avril 2011

CSA 2010 - Accueil - Mentions légales